Société des études André de Richaud |
On
n'est jamais trahi; on se sert des autres pour se trahir soi-même. |
Siège social et administratif : 21, rue de la grande monnaie 84000 Avignon
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La pénombre était déjà dense lorsque le traiteur eut remballé les plats de desserte et reliefs, marquant ainsi la fin de cette « Première Journée André de Richaud ». La nuit accatée au Mont Ventoux comme un lièvre apeuré et fébrile, traversée seulement par le vol strident de quelques hirondelles attardées, recouvrait Mormoiron de son voile narcotique et bienfaisant « aux uns portant l'espoir… ». Ce n'est point la peine de trop en faire, quand bien même de Richaud eût sans doute souri à l'évocation des mânes du poète du « Spleen ».
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La messe était dite, tant bien que mal, sans esbrouffe, mais avec quelques rites surannés et comiques. Ce traiteur, - quelle attente ! - qu'il avait été long à installer ses pots et ses plats, à offrir des rafraîchissements, à apaiser la faim ou attiser la gourmandise. Nous l'attendîmes, certains impatients, comme ils attendraient le Graal, d'autres plus placides, comme un moment annoncé et inéluctable.
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Il est certain que, l'inexpérience aidant, le déroulement de la journée fut passablement chaotique L'équipe chargée de l'organisation pourra toujours exciper de son inexpérience, de sa volonté de bien faire, - au point de susciter quelques ratés - à prétendre respecter, à la lettre et à la minute près, un programme qui ne tenait pas compte de la faconde provençale et du plaisir que nombre des trente cinq participants trouvèrent inopinément à se serrer dans cette salle que la Municipalité de Mormoiron (représentée par Madame l'Adjointe à la Culture que nous remercions) avait mise gracieusement à la disposition de l'association. Certains esprits mal tournés ont évoqué ironiquement Les lettres de mon moulin et Les trois messes basse s d'Alphonse Daudet. Il y eut un peu de cette hâte, peut-être, - mais était-elle aussi gourmande ?. Les quelques minutes de retard par rapport à l'horaire officiel du programme reprochées au traiteur du fait de son installation tardive transformèrent en pochade pagnolesque cette improvisation bonhomme.
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Le temps a passé et les frimas de l'hiver ont refroidi les passions suscitées par ce hourvari débonnaire. Reste le souvenir de Michel Piccoli évoquant la personnalité, à certains moments hallucinée de ce poète, romancier, dramaturge en quête d'amour, d'un signe, aveuglé par « le clair de lune grec qui rend idiot le savant et fou le poète » . Madeleine Attal fut, en 1979, à l'origine de ce film qu'elle a co-produit. Le timbre de cristal de sa voix mélodieuse (qu'on entend dans le film) rehaussa l'émotion qui se dégageait de ses paroles. Aussi longtemps après, retrouver les sensations éprouvées lors du tournage de cet hommage militant à André de Richaud, les complicités amicales qui se sont liguées pour lui donner vie. Autant de fulgurances émotives qui firent de son intervention un feu d'artifice sonore qui clôtura brillamment, mais de manière quelque peu précipitée, le débat prévu par les organisateurs.
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Lors de l'assemblée générale, en milieu d'après-midi et à l'heure dite, les comptes rendus moraux et financiers du Président et de la Trésorière de la Société des Etudes André de Richaud furent approuvés sans difficulté. Il est certain qu'ils présentaient un intérêt moindre que les interventions précédentes de la Journée. La preuve en est l'absence de débats, notamment à propos des actions à venir de l'association, et notamment l'éventuelle publication par la revue Europe d'un dossier consacré à André de Richaud, dossier d'ailleurs en passe d'être finalisé et qui pourrait reproduire les interventions de cette journée. Mais rien n'est encore sûr, ce qui explique, et le retard pris pour la publication de ce numéro de notre bulletin de liaison et le fait que nous ne donnions qu'une note de synthèse des contributions. Il conviendra aussi de se souvenir, au pays des commémorations, qu'André de Richaud est né le 6 avril 1907 à Perpignan et que, donc, le centenaire de sa naissance approche, un comble pour celui qui affirme péremptoirement dans la Confession publique : « Je ne suis jamais né ». Itou, nous n'évoquâmes pas les difficultés matérielles pour faire vivre l'association et le fonds André de Richaud. Le bureau, autour du président, s'emploie à apporter des réponses, mais il eut été opportun que l'assemblée en débatte.
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A midi, l'assemblée se transporta dans sa presque totalité sous la tonnelle du restaurant « La Fringale » où nous pûmes apprécier à leur juste valeur des nourritures terrestres dont les parfums et fragrances titillent encore les narines de quelques uns. Les vins de toutes les couleurs aux arômes acidulés provenaient du vignoble mormoironnais. Nous eûmes quelques difficultés à respecter l'horaire et Philippe Rein, en Monsieur Loyal avisé, voulut à tout prix éviter que la bonace ne se transforme en pénéqué ou autre sieste de mauvaise augure.
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Nous avons appris courant novembre le décès à Amiens, où elle a enseigné à l‘Université, de Mme Jacqueline Levy-Valensi, Présidente de la Société des Etudes Camusiennes. Mme Levy-Valensi a enrichi le fonds André de Richaud en y versant le chapitre de sa thèse consacrée à Albert Camus, relatif à la lecture par le jeune lycéen de La douleur que lui avait conseillée son professeur de philosophie Jean Grenier. D'autre part, Yves Berger, romancier, avignonnais de naissance, qui fut directeur littéraire de Grasset, s'est éteint à Paris à la même époque. Yves Berger, à de nombreuses reprises, nous a encouragés à découvrir l'œuvre d'André de Richaud et incités à fonder la Société des Etudes. Malheureusement, la maladie l'avait empêché de se joindre physiquement à nous. Nous présentons nos sincères condoléances aux familles de ces deux illustres disparus.
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Nous tenons à remercier M. Joël-Claude Meffre, nouvel adhérent de la Société , qui nous a fait parvenir une communication dont on ne peut que regretter qu'il ne l'ait pas présentée lors de cette Première journée. Elle est intitulée « Retour sur la nuit » et s'ouvre sur un exergue tiré de La fontaine des lunatiques : « Ces deux objets se reflétaient dans une glace. Celle-ci était usée par tous les regards qui s'étaient regardés en elle. Le mercure s'était effrité en deux places rondes, au milieu, comme si, à force d'avoir reflété des yeux beaux ou laids, brillants ou ternes, ce milieu se fût plus vite usé que le reste du miroir. » L'auteur s'interroge sur la fascination des miroirs dès l'enfance que confesse de Richaud et sur la mise en abîme du regard et des regards à la recherche d'eux-mêmes par le truchement des miroirs qui se reflètent eux-mêmes à la limite de l'infini. « Etirerai-je jusqu'au bout de quelles limites impossibles la pâte délirante de ces images mentales ? Pousserai-je dans leurs ultimes limites ces formes d'un effroi qui pourrait rejoindre la mythobiographie propre à de Richaud, où l'aversion pour les diverses figures du visage humain bourgeonna de plusieurs manières en ses écrits ? Sans doute pas. J'en reste à une esquisse, à ce peu significatif développement d'une phrase qui me « sauta » aux yeux lorsque je lus La fontaine des lunatiques et que j'ai placée en exergue. »
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Professeur à l'Université de Caen – Basse-Normandie a fait une intervention intitulée : « Le théâtre en question(s) » au cours de laquelle il s'interroge sur la présence de de Richaud en divers lieux : l'édition, la scène, la mémoire théâtrale, le discours critique. Ce survol rapide mais très documenté montre la richesse de chacun de ces thèmes dont chacun pourrait donner lieu à un travail approfondi. Car il est difficile de répondre à la seconde question que Gérard-Denis Farcy formule ainsi : « Qu'en est-il de la situation historique du théâtre d'André de Richaud, de sa place dans le théâtre de son temps et tout d'abord de son évolution erratique ? » En conséquence de quoi, l'auteur conclut par « une dernière question aux réponses conjecturales : que faire du théâtre de Richaud ? sinon l'éditer, l'étudier, le jouer. » Et il ajoute, lucide : « Et c'est aux praticiens, évidemment informés et résolus, de lui donner cette nouvelle chance – sans doute la dernière. Sinon, c'est-à-dire si la scène d'aujourd'hui ne juge pas indispensable de le monter, il risque de retourner définitivement à l'histoire littéraire. »
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qui prépare une thèse à l'Université Clermont II, a mis en évidence une contradiction intrinsèque de l'oeuvre de de Richaud, son attachement atavique au Comtat et en même temps son aspiration à l'universel, et elle a intitulé sa contribution : « Du Comtat au « grand pays » : l'écriture entre deux infinis ». Il y a effectivement quelque chose de pascalien dans l'attitude intellectuelle de Richaud, cet « inespoir », comme pourrait dire Comte-Sponville, qui n'est pas le désespoir, ou alors le désespoir joyeux que professe Baudelaire. « La célébration de la terre natale ne passe pas, chez Richaud, par l'idéalisation. On ne décèle également aucune volonté de s'en tenir à l'image exotique, fraîche et riante d'un midi où la culture se folklorise (au sens que Robert Lafont donne à ce mot dans « Sur la France », pp 205-206) », écrit-elle p.2. Et plus loin, elle poursuit : « Littérature de création plus que d'évocation, l'œuvre de Richaud s'enracine dans un Comtat littérarisé dont l'écrivain explore l'étrangeté, guidé par le fil de ses obsessions…. Richaud ne vit qu'en Grèce et cette affirmation a plus de poids qu'il n'y paraît. Bien qu'il se dise « en exil » dès lors qu'il s'éloigne du Comtat, l'amour qu'il lui porte, s'avère très complexe. Le pays natal est dans son œuvre associée à un manque, ainsi qu'à un profond sentiment de culpabilité. » Et elle termine : « L'éclipse du soleil sur la Provence montre plus qu'une prise de distance entre Richaud et la littérature méridionale de convention. Elle signifie que l'écrivain comprend que la véritable difficulté n'est pas d'habiter une région, mais bien de s'acclimater au sein d'un univers. La Provence n'est alors que l'espace où les mots s'enracinent dans l'imaginaire du poète, apatride par nature, auquel seule l'écriture offre un droit d'asile. »
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Professeure à l'Université Marc Bloch (Strasbourg II) a consacré de nombreuses publications au lyrisme (en poésie française, surtout Yves Bonnefoy, Claude Vigée ; du côté de la poésie allemande notamment Hölderlin, René Schickele, Paul Celan, Walter Helmut Fritz…) Elle se proposait d'intervenir, mais n'a pu le faire du fait d'une indisposition qui l'a clouée au lit. Elle a tenu à retravailler les notes qu'elle avait adressées en désespoir de cause à Liliane Meffre afin que cette dernière supplée à son absence. « Ce bref témoignage de lecture, écrit-elle, se place sous le signe de ces mots-clefs qui parcourent toute l'œuvre d'André de Richaud : le poète, ce « voleur de feu », la tension créatrice entre la face diurne et nocturne : exaltation dionysiaque et douleur antique, tragique. une poétique du souffle, un poète de la « présence » une voix singulière. » Et elle conclut : « La poésie de Richaud rapproche ce qui est éloigné. Elle est souvent violente et se fait violence. Hantée par le souvenir douloureux d'une unité et plénitude perdues à jamais, consciente d'une douleur irréductible, la voix d'André de Richaud nous hante, nous, ses lecteurs. »
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notre vice-présidente, germaniste, historienne de l'art, qui enseigne à l'Université de Bourgogne à Dijon, native d'Althen-des-Paluds, s'est particulièrement attachée à étudier les contrastes dans l'œuvre romanesque d'André de Richaud, « Entre ténèbres et lumière »,. (Il convient de signaler que Jean Louis Malves a consacré une étude à la relation entre Joseph Delteil et André de Richaud intitulée Sol y Sombra , publiée aux éditions Loubatières.). « L'homme selon de Richaud serait-il donc toujours hanté par les ténèbres, serait-il la proie innocente et consentante de l'ombre et de la mort, incapable d'accéder à toute jouissance terrestre, au simple bonheur de vivre ? » Et elle conclut : « Ce rythme binaire qui s'impose à travers toute l'œuvre romanesque rappelle le rythme physique du monde, celui du jour et de la nuit, celui du cœur humain de la systole et de la diastole. Mais ce rythme apporte d'ordinaire dynamique et vie par l'alternance des contraires, des pôles positif et négatif, il ne paraît chez André de Richaud qu'accentuer davantage la finitude désespérante de l'homme et l'inanité de ses gestes sur le théâtre du monde dans une lumière implacable de tragiques grecs. Un monde en noir et blanc que ne réchauffe ni l'improbable joie d'un retour au fantasmagorique pays natal ni une quelconque transcendance. Seule la présence de la nature perçue avec une rare sensibilité et rendue dans une langue éblouissante réchauffe de sa sensuelle beauté cet univers romanesque. »
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dans les habits du journaliste Félicien Lalauze, tente de répondre à quelques questions saugrenues à propos de La création du monde et de son auteur. Peut-être parce que ce n'est qu'à la cinquième ou sixième lecture qu'il a commencé à percevoir sous la poésie lyrique qui emporte le lecteur, la construction philosophique rigoureuse et très argumentée à partir de la philosophie matérialiste antique, celle d'Anaxagore, d'Anaximandre d'Héraclite, de Parménide, puis celle plus idéaliste de Platon ou de Plotin vers un vitalisme d'inspiration bergsonienne qui fait une large part à l'amour en tant que moteur ou carburant de cet élan, mais un amour loin de l'idéalisme romantique, empreint d'une teinture qu'on pourrait presque dire gnostique, celle omniprésente dans cette scène hallucinée et hallucinante où le plus jeune fils d'Adam et d'Eve s'enivre en dansant dans la cuve pour écraser les raisins. Les derniers rayons du soleil incendient la scène dominée par la couleur du jus de raisin qui poisse sur le corps du jeune homme. « Un de leurs fils, le dernier, n'aurait pas de femme. C'était le plus beau, celui qui, dans toute famille et de toute éternité restera stérile : l'amant de la fleur et de la vague, l'Hippolyte et l'Orphée qui fait l'amour avec une lyre et ne sait que se faire désirer ». S'agit-il d'un rouge, d'un rouge mordoré ou d'un brun, couleur emblématique de l'amour humain – rappelons-nous Federico Garcia Lorca - ? Alors que la scène du « suicide de Dieu » est nimbée de teintes plus douces que l'azur le plus pur. Cet oxymore résume peut-être les mille facettes du poète insaisissable, parce que, seul, capable de sourire devant cette aporie.
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La lumière grecque (Cahiers du Sud 1947) |
Cette lumière magique, venue du plus clair des temps et du plus obscur de nous-mêmes, qu'Œdipe gardait enfermée dans sa tête aveugle, m'a toujours permis de m'opposer aux puissances vénéneuses du destin. Quand le doute ou le remords vous font trembler, pensez sans fiel à l'immobilité des statues et le marbre glissera à longs traits dans vos veines, et le bronze lestera votre âme et la clouera. La Grèce apprend au voyageur à clouer son âme à son corps. °°° Des siècles de christianisme qui étaient devenus pour moi vingt-cinq ans de douloureuses et vaines recherches ont été anéantis dans mon cœur par un premier voyage en Grèce. Ainsi au sein de la terre des tonnes et des tonnes de charbon se congèlent instantanément et définitivement en goutte de diamant. °°° En Grèce, la vie et la mort sont mêlées. Les heures y sont pareilles à ces étangs où on ne sait où finit l'eau où commence la terre. Toute rêverie née au soleil d'Eleusis est une ardente méditation sur la mort, même si vous ne vous en doutez pas. Sur cette terre, on se rend compte que les dieux nous ont caché combien il est doux de mourir pour que nous aimions la vie. °°° « La patrie est partout où l'on se trouve bien », dit Mercure dans Plutus …Je ne vis qu'en Grèce. Toute autre lumière que la lumière grecque m'est fatale. Pour exister, il me faut être aveuglé. °°°
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Souvenirs désordonnés (Librairie José Corti 1987) |
Pour moi, il m'arrive d'avoir regret de certaines des attitudes que l'on m'a vu prendre, quand même je puis encore juger que, dans l'instant, elles étaient justifiées. Je pense parfois que j'aurais pu, ou dû, montrer moins de rigueur et, à défaut d'indulgence, du moins plus de compréhension. Je me reproche aussi, quand le souvenir m'en revient, le refus que j'opposai, certain jour d'avant-guerre, à André de Richaud de la pièce de vingt francs qui lui eût permis de quitter La Source la tête haute, sinon assurée. S'il m'avait « tapé » lui-même, peut-être aurais-je tiré d'embarras cet aimable récidiviste – encore, soyons francs, n'est-ce pas bien certain ! – mais il m'avait dépêché le chasseur du café. Pendant que j'étais accablé de travail, l'auteur de La Barette rouge s'abreuvait d'alcools, s'en remettant à une bonne volonté du voisinage de régler les soucoupes accumulées ; j'ai le tempérament un peu fourmi. Cela m'avait irrité ; le groom repartit comme il était venu, mais me laissant très mal satisfait de moi-même. Richaud était un écrivain charmant ; plus que cette qualité, il avait d'être méridional et d'avoir mis en scène, dans des lieux qui me sont familiers, des personnages de ma connaissance. J'étais fâché qu'il m'eût dépêché le chasseur de La Source . Eh bien ! j'aurais dû penser qu'amarré à sa pile de soucoupes, il ne pouvait quitter le café, et montrer un peu d'indulgence à ce malheureux qui vivait un cruel quart d'heure de Rabelais et tournait vers moi, comme vers un sauveur, ses yeux noyés d'alcool. J'aurais dû, maugréant peut-être, m'exécuter. Je pense à Richaud qui a pris sa retraite de misère, vieillard avant l'âge, mort à la littérature, et finalement hospitalisé dans un asile d'indigents. Je suis triste et pas fier de moi. |