Société des études André de Richaud Bulletin de liaison n°16 Avril 2008 |
On n'est jamais trahi; on se sert des autres pour se trahir soi-même. |
Siège social et administratif : 21, rue de la grande monnaie 84000 Avignon
Un événement !
Depuis le 20 Mars 2008 vous pouvez trouver dans toutes les bonnes librairies réelles et virtuelles « Visions de Richaud » de Yvan Mécif avec une préface de Bernard Noël publié par Christian Pirot, éditeur 13 rue Maurice Adrien 37540 Saint Cyr sur Loire. Au prix de 20 €
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Saint Cyr sur Loire, d'abord, un village au nord de la Loire sur les hauteurs de Tours. Anatole France y est mort, dans sa propriété de la Béchéllerie. Henri bergson a séjourné juste en face à la Gaudinière ; Honoré de Balzac y a été mis en nourrice et il y situe La Grenadière , roman publié en 1842 dans les scènes de la vie privée de la Comédie humaine. Son père était propriétaire d'une ferme à proximité. Nombre de souvenirs et de références littéraires. Pas très loin, à l'amont, au-dessus d'Orléans, Saint Benoit et les mânes toujours présentes de Max Jacob. |
« À l'opposé de la conception strictement linéaire d'un itinéraire, l'essai d'Yvan MÉCIF fait surgir, de l'œuvre du romancier André de RICHAUD, des thèmes insoupçonnés comme le nocturne, la solitude, ou encore trace en négatif la géographie des paysages intérieurs de l'auteur issus d'une création et d'une vie singulières. Mais il offre aussi une approche nouvelle de l'écrivain, loin de l'image qui subsiste de lui: celle d'un clochard céleste finissant ses jours dans un hospice pour vieillards. D'aspect dramatique et laissant place à un climat de crime et de violence, comme chez DOSTOÏEVSKI ou FAULKNER, l'œuvre de RICHAUD s'attache à déceler la symbiose de forces contraires dans l'esprit des hommes, tout auréolés de soleil, mais sur lesquels plane toujours le doux parfum du meurtre. L'auteur nous livre des pages éblouissantes d'« amour fraternel », qui replacent l'œuvre de RICHAUD dans une dimension universelle qu'il donne à la Provence , l'inscrivant dans la lutte de forces ambivalentes et obscures - ainsi que le réalisera son compatriote René CHAR en poésie. Elle servira de réceptacle à son expression, constituée d'« une parole toujours à même d'être proférée et dans l'impossibilité d'être dite », comme le souligne Yvan MÉCIF dans cet essai biographique subjectif. |
Yvan Mécif : Né sur un damier entre méditerranée orientale et occidentale, l'auteur a conservé, au confluent de diverses cultures et bien avant de savoir lire, un goût prononcé pour les contes, les images et les histoires au long cours que la mémoire invente ou retrouve, par son seul jeu, comme un parfum. Tôt versé dans les lettres et les arts, il rencontra dès son plus jeune âge écrivains et peintres. Porté par le rêve intérieur d'une correspondance et d'une unité universelles, chaque texte est comme une peau détachée de cette aventure dans le vaste monde d'une prison terrestre. Publications : - les rives multiples de Senghor , in Nouvelle Revue Française, édition Gallimard, Paris, mai 2002 ; - la présence interrogative (in. Collectif : penser le poème), Ed. Encre marine , 42220 Fougères, - Un dormeur essentiel , Préfece aux poèmes (traduits du slovène) d'Alès de Debeljiak, Ed. Domens, 34120 Pèzenas ; - L'apprentissage du silence , (in. Collectif « rencontres Blaga »), Ed. Les cahiers bleus, 10000 Troyes ; - Traversées, épreuves (poèmes, illustrations de l'auteur), revue Rémanences, Coll. « Diagonales » (2004), 34600 Bédarieux. Il dirige Rémanences , revue de création littéraire et artistique. |
Yvan Mécif a déjà publié dans la revue littéraire Rémanences (n°9) des « Notes sur André de Richaud » et c'est ce même texte légèrement remanié et réaménagé que publie aujourd'hui Christian Pirot, augmenté d'une postface intitulée « Simplement dire… » dans laquelle il écrit : « Insuffisamment représentatif de la création romanesque, dramatique et poétique aux yeux des décideurs de la culture contemporaine, et ne bénéficiant pas du pouvoir post-mortem de ses héritiers( pas de mariage arrangé, pas de progéniture, légitime ou pas, pas de carrière ), André de Richaud ne figure pas sur la liste des « grands » auteurs, que l'an 2007/2008 se targue (à travers colloques, publications, anthologies et relais télévisuels) de célébrer pour revivifier une histoire nécessairement lointaine.» Et il nous est précisé par une note de bas de page qu' « il est à savoir que la géographie d'affinités sélectives ne se consulte pas sur le parvis de la France des reliques. ». Et il poursuit : « Ainsi nous est imposée, une fois pour toutes, une vision de ce qui est . Or l'essentiel est toujours ailleurs et ne se connaît qu'avec le cœur, ainsi qu'il fut dit. Ajoutons y la mémoire. Non celle qui nous fait retrouver un ensemble de faits passés, mais plutôt admettre le souvenir comme une reconnaissance, toute petite fenêtre éclairée dans la traversée d'une immense forêt noire. »
Yvan Mécif nous propose un essai biographique qui prend le parti de s'éloigner, autant que faire ce peut, tant de la linéarité des faits qui sont sensés constituer une histoire, en l'occurrence, s'agissant d'un individu, ce qu'il est convenu d'appeler une vie, entre la naissance et la mort, que de la littéralité des textes que l'auteur a laissé et qui nous sont parvenus, publiés ou non. Il nous invite à une promenade nostalgique, une ballade subjective, une expédition intellectuelle, un cheminement sémiotique à travers l'œuvre de Richaud, balisés par les thèmes qui fondent l'originalité de cette œuvre et lui donnent une portée universelle en l'ancrant dans le tragique méditerranéen, qui n'est jamais autant présent et fort que dans la comédie et la farce. L'oxymore : rapprochement de deux termes contradictoires qui donne à la pensée un tour saisissant : « La nuit aveuglante », bien sûr, et toutes les formules qu'on découvre à la lecture de cette œuvre, mais aussi la réminiscence des philosophies antiques, d'Anaxagore à Héraclite en passant par Philon d'Alexandrie ou Pythagore. Et Nietzsche, par delà le bien et le mal, et mieux cette combinatoire chimique : « Le Bien et le Mal sont comme ces produits chimiques qui, pris séparément, sont inoffensifs, mais qui, en contact, explosent. La vie d'un homme digne de ce nom doit être une suite d'explosions. » (1) Or Richaud importune son lecteur car il ne le laisse pas décider à sa guise des conséquences de sa lecture au point que, soit il l'exaspère en heurtant au plus profond sa sensibilité et ses sentiments, provoquant un rejet violent, fort comme la haine et aussi destructeur qu'elle, soit il l'entraîne dans ses propres linéaments qui se transforment immédiatement en un lacis, un entrelacement de fils de soie duquel on ne parvient plus à s'extirper, à s'extraire définitivement. Et on revient, contraint et forcé, à l'œuvre, à ses méandres cataractants « à vous faire péter les oreilles » (comme le silence dans « La Création du monde »). Et à la lucidité déconcertante de l'auteur : « J'ai passé mon temps à m'offrir aux autres, en quelque sorte incognito mais les déguisements que je choisissais étaient déplorablement voyants. » (2) Ainsi, chaque lecteur donne naissance à un nouveau Richaud, à une des facettes de ce personnage insaisissable, à une phase de ce diamant, auquel il se compare lui-même dans le poème « Préface » qui ouvre La Confession publique (3)
« Diamant au fond de la boue » des tranchées, pourrait-on ajouter. Oui, Richaud est persuadé d'être ce diamant. Mais la douleur initiale, celle née de la guerre, a fait son chemin, irrémédiable. Et il réitère le propos à plusieurs reprises dans son œuvre, par exemple dans « La confession publique » ou, dans « La création du monde » (4) lorsqu'il écrit: « Un de leurs fils, le dernier, n'aurait pas de femme. C'était le plus beau, celui qui, dans toute famille et de toute éternité restera stérile : l'amant de la fleur et de la vague, l'Hippolyte et l'Orphée qui fait l'amour avec une lyre et ne sait que se faire désirer. » Mais ce diamant ne peut exister en soi. Il a besoin de l'autre, des autres, de leur regard, au moins, d'être « dévoilé », dans l'acception phénoménologique. Ce minéral généralement incolore fait de carbone pur cristallisé, d'une grande dureté et d'un indice de réfraction élevé, fascine toujours autant. Diamant, la pierre précieuse, comme au figuré, la perle, le trésor. Unique. Victor Hugo, dans Les Misérables (5) recourt à la même image poétique et à cet oxymore qui met en évidence la fulgurance de l'éclat au milieu des ténèbres les plus noires et les plus opaques, la fragilité fugace de l'instant et la vigueur des stries dont les linéaments indélébiles vergettent la nuit d'encre: « On ne trouve les diamants que dans les ténèbres de la terre; on ne trouve les vérités que dans les profondeurs de la pensée. Il lui semblait qu'après être descendu dans ces profondeurs, après avoir longtemps tâtonné au plus noir de ces ténèbres, il venait enfin de trouver un de ces diamants , une de ces vérités, et qu'il la tenait dans sa main; et il s'éblouissait à la regarder. » L'éclat ou la dureté, la dureté et l'éclat. Et le mot « diamant » renvoie à son origine grecque, c'est-à-dire « indomptable », du fait de la cohésion de sa structure atomique qui n'a jamais été dépassée. Du diamant à la cristallographie chimique, géométrique, structurale, et la philosophie de Gilbert Simondon, l'individuation en tant qu'opération et processus. « Les coquillages et les cristaux, merveilleux symboles ! Toutes les aventures de toute vie sont contenues dans ces choses de féerie. Et ce phénomène qui déjà au collège me troublait tant, de la surfusion . Ne suis-je pas constamment en état de surfusion ? N'ai-je pas toujours dépassé mon degré de cristallisation? »(6) N'est-ce pas le cœur de l'œuvre de Richaud, de son théâtre, de ses romans et de sa poésie ? La grande interrogation existentielle qui traverse sa vie ? Le décalage provoqué par la guerre, insupportable, dont on ne peut pas revenir ? «La particularité de Richaud réside en ce qu'il exprime dans sa phrase une idée accompagnée de son image sans toutefois la revêtir de ce caractère amorphe qu'elle prend en philosophie, discipline rigoureuse dont il sut, mieux que tout autre, se dégager et de laquelle il aura gardé, néanmoins, ce savoir-faire (mélange de don, de science et de frivolité dixhuitiémiste) lui permettant de conduire, ensemble et par ordre, ses pensées et ses rêves.»(7) Il vaut mieux en rester là ! Si non, nous serions conduit à citer la totalité de cet ouvrage imposant et exigeant qui constitue un passage obligé pour qui veut pénétrer plus avant à travers les subtilités, les arcanes et l'élévation de l'œuvre d'André de Richaud, même si : «C'est en cela que son expression est le témoignage du passage des ténèbres du paradis à la lumière de l'enfer céleste, d'un soleil debout à l'homme du refus couché dans sa grotte. Chez lui, bien et mal se confondent puisqu'il y a impossibilité de choix entre un Dieu invisible et absolu et celui, manifeste, qui s'incarne dans la nature. C'est pourquoi une morale de Richaud est impensable. Il n'y a pas chez lui la trace d'une élaboration éthique ; l'inachèvement de l'histoire est le reflet aporétique d'une réflexion morale et de son impossibilité (oui, l'aveu d'un pessimisme sur l'aventure de l'Homme )» (8) Car il n'existe que des hommes (et des femmes) «sans qualités»(9) qui peinent à avoir «Une vie»(10). Jean Chaisse ___________________________________________
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