Société des études André de Richaud
Bulletin de liaison n°14
Juillet 2007

 

On n'est jamais trahi; on se sert des autres pour se trahir soi-même.

 

Siège social et administratif : 21, rue de la grande monnaie 84000 Avignon

 

Sommaire

- la visite de la Pré Fantasti
- Edith Sakalyté
- Revue Europe
- Jean Claude Pirotte
- Jean Louis Giovannoni
- Corinne Renou-Nativel, biographe de Jean Daniel

 

Assemblée générale ordinaire
au plan d’eau des Salettes
à Mormoiron, terrasse de la Cahute
le 24 Août 2007 à 17 heures

 

La visite du domaine de La Pré Fantasti

 

Le samedi 12 mai, nous nous sommes donc retrouvés en début d’après-midi en bas du domaine de la Pré Fantasti à Caromb, comme nous l’avions annoncé. Le soleil dardait ardemment ses rayons, ce qui peut expliquer le manque d’empressement. Nous fumes accueillis par Monsieur le Maire de Caromb en personne et la visite fut accompagnée des commentaires éclairés et précis de Monsieur Frédéric Ribas, conseiller municipal délégué au patrimoine et notamment à la conservation et à la mise en valeur du domaine et Madame Sialelli, présidente de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine de Caromb.
Nous avons consacré deux heures à cette visite faite au pas de course en ayant conscience de passer rapidement sur nombre de points qui mériteraient de plus amples développements, qu’il s’agisse des carrières et de leur exploitation dès le Moyen Age, et notamment au XIV éme siècle puisque les blocs extraits ont servi à la construction du Palais des Papes et de l’église de Boulbon.
Nous aurions pu aussi consacrer plus de temps à la découverte et à la compréhension des aménagements hydrauliques taillés dans la roche, à la dispute entre Caromb et Carpentras à propos de l’usage de la source de l’Alp qui alimentait,  par l’aqueduc qui domine l’Auzon et la maison qui a abrité le boulanger félibre Marius Jouve, la ville de Carpentras, à l’architecture du bâtiment qui recèle encore bien des inconnues que les archéologues essaient de lever au fur et à mesure de leurs investigations et des découvertes d’éléments architecturaux.

A dix huit heures, le jardin de la chapelle des Pénitents Gris sur le Cours  n’avait depuis longtemps accueilli autant de monde, ce qui confirme que le soleil à du en rebuter plus d’un, en début d’après-midi.
Alain Cesco-Resia et Edith Sakalyté ont lu « Fragments », l’adaptation par Alain Cesco-Resia de la deuxième partie du roman « La Barette rouge » intitulée le journal d’Esther. Il s’agit du dialogue entre les deux héros du roman, Esther et Siffrein, que Richaud  lui-même a mis dans leur bouche.
C’est un texte très dur qui met en scène la solitude de deux individus dans une situation de huis clos, qui n’arrivent pas à exprimer leurs difficultés d’être et de vivre, n’arrivent pas à dépasser le barrage des usages, le mensonge des mots.
Certains d’entre nous qui avions déjà entendu une lecture de ce texte au Théâtre des Carmes, il y a maintenant près de dix ans avouaient une certaine appréhension. Elle fut rapidement levée grâce à la présence d’Edith Sakalyté qui a trouvé immédiatement le ton et la dimension tragique de ce personnage féminin qui s’est volontairement placé à la marge du monde, non point parce qu’elle a renoncé à vivre, mais parce que le monde ne lui permet pas de vivre comme elle l’entend et le souhaite.

 

Edith Sakalyté


 
Vit à Villeneuve-les-Avignon mais elle est née il y a à peine quatre lustres dans les pays baltes, quelque part du côté de Vilnius. Sa blondeur cuivrée irradie l’ovale plein du visage traversé par deux grands yeux marrons, tel celui de l’Odalisque d’ Ingres ou de certaines madones du Trecento.
Au théâtre, elle a interprété D. Harms mis en scène par O. Korsunovas, Jean Anouilh dans « L’Orchestre »  par A. Valudskis, F. Durrenmatt mis en scène par A. Braziunas dans « Romuald le Grand », S. Sheppard dans « Le mensonge de la raison » par O. Kesminas,  T. Williams dans « Alice, au pays des miroirs » par K. Gudonyté, « Soudain l’été dernier » du même par O. Kesminas, etc.

Au cinéma, « Le Réveil » de A. Skerma réalisé par J. Vaitkus, « Les Jumelles » de E. Kestner par K. Gudonyté, « Tetra » de Patrick Soufflard.

 

 

Revue Europe

 

La revue littéraire mensuelle Europe de Juin Juillet 2007 consacre un dossier à André de Richaud. C’est l’aboutissement de démarches longues et éreintantes entreprises dès les premiers jours de l’année 2004 et que nous annoncions en ces termes dans le numéro 6 de notre bulletin daté d’avril 2004 : « Philippe Rein et Liliane Meffre, grâce à Marie-Claude Dumas, présidente de l'association des amis de Robert Desnos, sont entrés en contact avec Jean Baptiste Para qui anime la revue Europe et produit avec André Velter une émission poétique sur France-Culture, tous les jours à 14 heures 55 intitulée Poésie sur parole. »

Le dossier est constitué par :

  1. un article d’Armand Lunel déjà publié par la revue Europe en 1972 à l’occasion de la parution de l’œuvre posthume chez Robert Morel « Il n’y a rien compris ».

 

On ne peut que remercier la revue de tirer effectivement de l’oubli cette évocation d’André de Richaud par le philosophe Armand Lunel, ami intime de Darius Milhaud et auteur des livrets de ses opéras. Né le 10 juin 1892 à Aix-en-Provence, décédé en 1977, Armand Lunel est né dans une famille juive originaire du Comtat Venaissin, présente depuis plusieurs générations en Provence. Il fut enseignant à l’Université de Monaco où il était en poste lorsqu’il fut lauréat du prix Renaudot en 1926 pour son roman Nicolo-Péccavi ou l’affaire Dreyfus à Carpentras, Gallimard, Paris.

Ce témoignage distancié éclaire la personnalité profonde d’André de Richaud, et je me permets de relever cette phrase : « Et rien compris à quoi ? Tout au long des hauts si brillamment gravis et des bas si tristement définitifs de sa carrière, oui ! A quoi n’a-t-il pu rien comprendre ? Si ce n’est à un certain monde de bourgeois nantis et satisfaits, société de consommation dont il a eu sans doute goulûment sa part, mais sur laquelle en même temps il s’est heurté et brisé dans sa contestation lyrique de contestataire avant la lettre. »

Contestation lyrique, oui ! Mais aussi et surtout contestation radicale de l’individualisme et de ses dérives ; et c’est sûrement la raison pour laquelle Richaud reste toujours aussi gênant, aujourd’hui, car il pose avec une particulière acuité la question du « Je » et de l’individuation.

  1. « Le fauteuil d’Emmanuelle », une évocation par Jean-Jacques Lévêque, d’abord libraire, puis critique d’art, qui a publié deux romans « Tentative pour un itinéraire » et « L’aménagement du territoire » et plus de vingt et un ouvrages sur l’art et son histoire chez ACR, notamment « Paul Cézanne, le précurseur de la modernité », « La vie et l’œuvre de Caillebotte », « La vie et l’œuvre de Nicolas Poussin ».

 

La mère de Jean-Jacques Lévêque était libraire à l’enseigne du « Soleil dans la tête », au 10 de la rue Vaugirard ; et Richaud était un habitué de l’établissement et de son fauteuil qui servait de confessionnal, avant de devenir le symbole de l’érotisme des années soixante et dix.

  1. « Richaud le maudit » un texte de Jean Claude Pirotte, paru dans le périodique Page des Libraires à l’occasion de la réédition de La Fontaine des Lunatiques dans la collection « Cahiers rouges » des éditions Grasset au financement de laquelle notre association a participé de manière importante.

 

 

Jean-Claude Pirotte(1939)


Poète, romancier, peintre né à Namur, en Belgique. Avocat de 1964 à 1975, il est rayé du barreau pour avoir favorisé la tentative d'évasion d'un de ses clients (acte qu'il a toujours nié), et condamné à un emprisonnement auquel il se soustrait en vivant clandestinement jusqu'à la péremption de sa peine en 1981. Son écriture nous entraîne dans les plis du quotidien et les courbes des vignobles, "au fond des chais obscurs et du secret lumineux du paysage" (Autres arpents, prix Marguerite-Duras 2001).

En juin 2004, le Centre d'Etudes Pluridisciplinaires Des Imaginaires du VIN - CEPDIVIN a organisé le premier colloque international : "Jean-Claude Pirotte, Le vin des rêves"

 

Sa bibliographie :

Parus aux Ed. Le temps qu'il fait :


La vall ée de misère (1987). Les contes bleus du vin (1988). Sarah, feuille morte (1989). Rue des Remberges (Hors-commerce, 1989). Fond de cale (Le Sycomore, 1984 - Rééd Le temps qu'il fait, 1991). L'épreuve du jour (1991). Récits incertains (1992). Faubourg (1997). Le Noël du cheval de bois (1997) . Rue des remberges (2003)

Chez d'autres éditeurs :


Goût de cendre (Ed. GeorgesThône, 1963). Contrée (Ed. GeorgesThône,1965). D'un mourant paysage (Ed. GeorgesThône,1969). Journal moche (Luneau-Ascot, 1982). La pluie à Rethel (Luneau-Ascot, 1982 -Rééd. Labor, 1991 - Rééd. La Table Ronde, 2002)). Un été dans la combe (La Longue vue, 1986 - Rééd. La Table Ronde, 1993). La légende des petits matins (Manya, 1990 - Rééd. La Table Ronde, 1997) . Il est minuit depuis toujours (La Table Ronde, 1993). Lettres de sainte-Croix-du-Mont (L'escampette, 1993). Plis perdus (La Table Ronde, 1994). Un voyage en automne (La Table Ronde, 1996). Cavale (La Table Ronde, 1997). Boléro (La Table Ronde, 1998). Mont Afrique (Le Cherche Midi, 1999 - Rééd. Folio, 2001)). Autres arpents (La Table Ronde, 2000). Ange Vincent (La Table Ronde, 2001). Un rêve en Lotharingie (National geographic, 2003)

 

Jean Louis Giovannoni

 


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  1. « Deux en un ». Jean Louis Giovannoni, en 1996,  a préfacé la réédition de « La nuit aveuglante » chez Deyrolles. C’est ce texte qui a été repris dans ce dossier. Il est né en 1950. Il habite à Paris et est assistant social dans un hôpital psychiatrique. Il a fondé en 1977 la revue Les Cahiers du double avec Raphaële George. Depuis 2005, il est membre du comité de rédaction de la revue Le Nouveau Recueil.

Sa bibliographie

Garder le mort, poésie, L’Athanor, 1975, 1976, rééd. Unes, 1991. Les mots sont des vêtements endormis, poésie, Unes, 1983. Ce lieu que les pierres regardent, poésie, lettres vives, 1984. Les choses naissent et se referment aussitôt, anthologie de 1974à 1984, Unes, 1985. L’absence réelle (avec Raphaëlle George), Unes, 1986. L’immobile est un geste, anthologie de 1984 à 1989, Unes, 1990. Pas japonais, poésie, Unes, 1991. L’invention de l’espace, poésie, Lettres vives, 1992. L’élection, photographies de Marc Trivier, poésie, Didier Devillez, 1994. Chambre intérieure, poésie, peintures de Gilbert Pastor, Unes, 1996. Le journal d’un veau, roman intérieur, Deyrolle éditeur, 1996, rééd. Léo Scheer, 2005. L’orgueil, avec Jean-Didier Vincent, Éditions du Centre Pompidou, "Les péchés capitaux, vol.6", 1997. Greffe, poésie, peintures de Vincent Verdeguer, Unes, 1998. Traité de la toile cirée, Didiez Devillez, 1998. Parce que je le vaux bien, poésie, Unes, 2001 (hors commerce)
Le lai du solitaire, roman intérieur, Léo Scheer, 2005. Jean-Luc Parant : traité de physique parantale, essai, Jean-Michel Place, 2005. Danse dedans, Prétexte Editeur, 2005
Direction d’ouvrage :
L’expérience Guillevic, avec Pierre Vilar, Deyrolle, 1994
Traductions :
Fernando Pessoa, Le Gardeur de troupeaux, en coll. avec Rémy Hourcade, Unes, 1987
Miguel Hernandez, Hormis les entrailles, en coll. avec A. Rojas Urrego, Unes, 1990

  1. Gérard Denis Farcy, professeur d’études théâtrales à l’université de Caen et qui s’intéresse depuis longtemps au théâtre d’André de Richaud publie un article « Richaud à l’Atelier », dans lequel il restitue le contexte dans lequel Dullin, en 1931, monta d’abord « Village » puis « Le château des Papes ».

 

Viennent ensuite les textes d’André de Richaud :

  1. La Grèce, mon bien heureux naufrage publiés dans « Le voyage en Grèce », cahiers périodiques dirigés par Tériade et Roger Vitrac au printemps 1935,
  2. Le sommeil d’Epidaure paru dans le même organe en Juin 1937,
  3. Adages, un poème mis en musique par Darius Milhaud  dont la partition a été publiée en 1945 par les éditions Salabert,
  4. Trois lettres à Georges Ribemont-Dessaignes de 1940-1941,
  5. Des extraits du journal de l’année 1955,
  6.  Deux lettres d’André de Richaud à Michel Piccoli,
La chronologie de la vie d’André de Richaud établie par Philippe Rein

 

 

Corinne Renou-Nativel

 

 

Dans la biographie de Jean Daniel publiée aux éditions du Rocher fin 2005, Corinne Renou-Nativel évoque à trois reprises l’écrivain André de Richaud, collaborateur de Caliban mais aussi membre à part entière de l’intelligentsia germanopratine .

La première fois, page 143, à propos du projet de revue intitulée « Valeurs ».

« Peu à peu, parviennent à Jean Daniel les réponses des écrivains sollicités… La copie tombe : des lettres inédites de Rembrandt, de Franz Hals, de Van Gogh et de Paul Léautaud, si l’on en croit des courriers échangés entre Henri Petit et un de ses amis, L. Roelandt ; la préface à un poème de René Char ; des articles d’Alberto Moravia, Jean Cassou, Louis Martin-Chauffier, Paulhan, Claudel, André de Richaud, Etiemble, etc. »

Lourmarin 1994 : remise du prix « Albert Camus » à Jean Daniel pour son roman L’Amant

Lourmarin 1994 : remise du prix « Albert Camus » à Jean Daniel pour son roman L’Amant
A cette occasion Jean Chaisse s’entretient avec l’auteur

Au début des années 50, alors que Caliban bat de l’aile, Jean Daniel est présenté par Louis Guilloux à Wolfgang Rosenberg lors d’un coktail donné dans une galerie d’art, rue de Seine par la société européenne de culture. « Fort de ces réussites en Suisse alémanique, il ouvre une succursale à Lausanne, dans une villa à flanc de coteau au-dessus du Léman. Son ambition ? L’édition planétaire. Rien de moins. Il veut installer un bureau à Munich, un autre à Londres. Mais d’abord, à Paris….Mais il n’a aucun contact avec le monde littéraire de la ville lumière. Il lui faut donc un bras droit capable à la fois de diriger le bureau parisien – tandis que lui-même supervise tout de Lausanne –, de mener une politique éditoriale et surtout d’attirer des signatures de renom….
A Paris, Vineta reprend les bureaux de la rue Richelieu, de Caliban, moribond….

Sollicité par Jean Daniel, Louis Martin-Chauffier, parrain précoce et attentif de Caliban, y va aussi de son projet de collection… » (Il) prépare un portrait d’André Gide….A paraître aussi : « Marcel Proust, raconté par Céleste, sa fidèle servante,  le plus proustien des personnages réels » par André de Richaud… (p.146-147)»

Enfin, page 150, « Jean Daniel lui-même entend diriger la collection « Renaissance du récit », avec des textes d’André de Richaud, Annette Vaillant, Marcel Arland, Edith Thomas et Serrano Plaja. Une liste titrée « manuscrits disponibles ou commandés pour octobre (1951), recense vingt cinq œuvres originales de vingt cinq auteurs différents, la plupart anciens « amis de Caliban » dont Jean Grenier, Louis Guilloux, André de Richaud, Annette Vaillant, Clara Malraux, Armand Lanoux, W.W Jacobs, Lucien Benesti, etc. »

Elle n’a pas fait mention de l’anecdote que Jean Daniel lui-même nous a rapportée lorsqu’il a eu l’amabilité de nous recevoir dans sa bibliothèque. Il pourrait s’agir de la première rencontre physique entre Albert Camus et André de Richaud à l’occasion d’un repas chez les Guyomard à propos du financement de Caliban.
Aucun des projets dont il s’agit n’a abouti. Dommage ! Il n’en demeure pas moins que Richaud comptait dans le milieu des idées et de l’édition, quand bien même  il n’appartenait pas aux grandes chapelles qui dominaient le monde des Lettres. Daniel Lindenberg, historien des idées politiques a consacré plusieurs ouvrages au sujet, qu’il s’agisse des « Années souterraines 1937-1947» Edition de la Découverte 1990 ou « Le Rappel à l’ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires » Paris Le seuil 2002. Ces deux ouvrages ont fait l’objet de discussions âpres et vigoureuses.

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