Société des études André de Richaud Bulletin de liaison n°13 Mai 2007 |
On
n'est jamais trahi; on se sert des autres pour se trahir soi-même. |
Siège social et administratif : 21, rue de la grande monnaie 84000 Avignon
12 mai 2007 « La maison hantée » dans laquelle André de Richaud a situé l’action de la deuxième partie de son roman
Programme
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« CAR », en indo-européen, signifie montagne ; et cette racine, que l’on retrouve à l’origine aussi bien de Carpentras que de Caromb, manifeste bien que nous nous trouvons là à un point de rupture entre deux mondes : la plaine du Comtat et la montagne, ce mont battu par les vents et inhospitalier au possible. ◦◦◦
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Le fonds François-Vincent Raspail (1794-1878) de l’Inguimbertine, entre autre, [90 liasses de documents divers : politique, microchimie, médecine. 2770 manuscrits, parmi lesquels : un Evangéliaire grec (IXe s.) [fonds Peiresc-Mazaugues]; un Bréviaire d'Autun (XVe s.); de Giovanni Boccacio, Des Cas des Nobles Hommes et femmes (1460); un Missel de Saint-Trophime d'Arles (XVe s.); de Bertrand Boisset, Traité d'arpentage et de bornage (La siensa de destrar - la siensa d'atermenar, 1405, Ms 327); un Megillâh (rouleau d'Esther, XVIIIe s.). Mention particulière doit être faite des papiers Peiresc : correspondance avec Barclay, Rubens, Gassendi, Aleandro, le rabbin Azubi de Carpentras, les frères Dupuy, Guillaume du Vair (1556-1661); notes et dossiers sur tous les sujets : astronomie, médecine, agriculture, archéologie, philologie et nombreuses copies d'actes et de chartes perdus et plans et dessins de monuments disparus; fonds maçonnique] porte témoignage de la prégnance de ces idées dans la pensée comtadine de cette époque et de convergences entre philosophie libertine (au sens du XVIIème siècle), la culture juive comtadine et l’alchimie. ◦◦◦
« L’enchantement des choses irréelles commençait. » et dans ces « choses irréelles » il range aussi bien « les pures lois de la Science et les plus folles extravagances de la Poésie (La création du Monde p.16) », les sentiments et les émotions, toutes les constructions intellectuelles que les hommes peuvent concevoir, la magie et les religions, les espoirs et les craintes, les envies et les désirs, les théorèmes et les axiomes, les lois de la physique et les lois de l’économie, les mathématiques, en fait, tout ce qui ressort de l’activité humaine, mu par les pulsions et les rêves, par cette part de l’homme ou de la femme qu’ils ne maîtrisent pas au plus profond d’eux-mêmes, l’instinct et l’intuition, comme l’a développé quelques années auparavant Henri Bergson dans « L’évolution créatrice ». Mais « La notion d’élan vital de Bergson qui confond dans le même mouvement la création artistique et la génération – ce que nous appelons la fécondité - ne tient pas compte de la mort, mais surtout tend vers un panthéisme impersonnaliste dans ce sens qu’il ne marque pas suffisamment la crispation et l’isolement de la subjectivité, moment inéluctable de notre dialectique (Lévinas). », que dans le manuscrit « Interdit au public »: semble attiré par la Gnose licencieuse et le refus du corps, de la corporéité et de la reproduction. « Un de leurs fils, le dernier, n’aurait pas de femme. C’était le plus beau, celui qui, dans toute famille et de toute éternité restera stérile : l’amant de la fleur et de la vague, l’Hippolyte et l’Orphée qui fait l’amour avec une lyre et ne sait que se faire désirer. », écrit-il dans « La création du Monde ». C’est Abel, bien sûr ; mais c’est aussi et surtout, à n’en pas douter, André de Richaud. ◦◦◦ Les conditions mystérieuses de l’assassinat du félibre Marius Jouve en 1909 en ce lieu et les suspicions sur la rapidité de l’enquête de gendarmerie participent à entretenir aussi le mystère. °°°
Or le personnage principal de « La Barette rouge » fuit, fuit sa douleur, son existence, ses souvenirs, ce qui le constitue, ces bêtes qui le rongent à l’intérieur de lui-même et le conduisent à sortir de lui-même, Siffrein. C’est aussi le patronyme du Saint protecteur de la ville qui commande la plaine, Carpentras. André de Richaud a été attiré par les saints vénérés localement, Saint Siffrein, bien sûr, mais surtout Saint Gens, l’enfant de Monteux auquel la légende confère une aura d’anti-héros qui ne pouvait que séduire celui qui a écrit les derniers vers de Préface (Le droit d’asile) : Diamant au fond de la boue |
Gens Bournareau ou Saint Gens est né en 1104 à Monteux. Il menait paître les quelques vaches de son père dans la garrigue. Un jour, il s'éleva contre les pratiques superstitieuses et les coutumes païennes de ses concitoyens et fut chassé du village ; il se retira dans les collines du Beaucet, près de Saint Didier, avec deux vaches que son père lui avait données. Ses journées étaient faites de travail, de pénitence et de prière ; il ne dormait que très peu. On dit qu'il subjugua le loup qui avait égorgé l'une de ses vaches et le fit travailler à la place de la bête. Un jour, sa mère lui rendit visite, elle fut épuisée et assoiffée par la chaleur, Gens troua la roche avec son doigt et aussitôt jaillit une source qui ne tarira jamais. Gens mourut à 23 ans. Son tombeau se trouve toujours dans l'ancienne chapelle de l'ermitage. °°°
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°°°° D’après la légende, Siffredus aurait été ordonné prêtre par Saint-Césaire à 30 ans et serait mort à un âge très avancé, après un épiscopat important dans le royaume de Gothie. Il fut moine à l'abbaye de Lérins puis évêque de Carpentras au début du VII° siècle. Lui est attribuée la construction de plusieurs églises à Carpentras et à Venasque. L'évêché de Carpentras fut fondé vers le milieu du V° siècle ; cependant, ses pasteurs furent contraints, au cours des deux siècles suivants, de trouver refuge à Venasque en raison des troubles qui agitaient la région. Siffrein a laissé des traces fort anciennes dans la tradition religieuse et populaire qui vante sa vie austère, son zèle pastoral, son ardeur à prêcher l'Évangile, sa sollicitude pour les malades, son charisme pour délivrer les possédés du démon. Il serait mort un 27 novembre à Venasque et sa fête liturgique est déjà fixée à cette date dans un martyrologe du XI° siècle. Son corps fut transféré avant le XIII° siècle à Carpentras dont il est le patron toujours célébré avec éclat. Ses reliques, sauvées de la profanation en 1793, sont encore conservées dans la cathédrale de Carpentras qui porte son nom. °°°°
Mais Siffrein, malade, harassé par son errance dans la montagne et malgré les bêtes qui s’acharnent, revient sur ces pas, aux confins du monde habité, policé. Une bastide, à mi-pente de la colline du Paty, marque la limite entre les deux mondes, solitaire et isolée, ouverte sur la plaine mais attachée inexorablement à la montagne et à la sauvagine. Pressé par la fièvre, le froid et la pluie, il cogne aux volets fermés, et une jeune femme, apeurée mais déterminée, vient voir qui heurte à la porte et demande secours. Esther apparaît.
Outre Racine, en 1926, Armand Lunel a publié à la NRF « Esther de Carpentras » et son ami, Darius Milhaud compose un opéra-minute (63 minutes) du même nom qui sera créé à l’Opéra Comique le 3 Février 1938, l’année où Grasset publie « La Barette rouge » de Richaud (Il a alors 31ans). En l925, les Annales d’Avignon et du Comtat Venaissin ont publié un article de P.Pansier intitulé Le roman d’Esther de Crescas du Cailar :
Les vers de Crescas ressemblent à ceux de son contemporain, Bertrand Boisset, d’Arles, en ce sens que la rime y cloche autant que la mesure. Mais, pour Crescas, la double transcription qu’a subie son œuvre, peut, à la rigueur, expliquer une partie de ces défauts.
Nous ne connaîtrions rien de la vie de Crescas que l’origine avignonnaise de son auteur se dénoncerait dans maint détail de son poème. Il emploie certains termes spéciaux à Avignon : comme lieureia, livrée, dans le sens de : palais, habitation, logement. Il donne le nom de Comtat aux provinces du royaume de Perse. Le gouverneur du Comtat Venayssin s’appelait le Recteur ; Crescas ne manque pas d’introduire des personnages analogues à la cour d’Assuérus (vers 48, 124, 175).
Il est fait allusion, au cours de ce poème, à un certain nombre d’événements locaux dont généralement le sens nous échappe aujourd’hui. Parmi ceux qui sont restés intelligibles, notons une nouvelle mode stigmatisée par l’auteur : celle de se mettre à table par série : « A la novcla maniera / meton se a taula per lo teira ». Il signale aussi que, dans son temps, il y avait déjà pas mal de femmes qui aspiraient à porter la culotte : « encars vos dic saran tant gaias / que élas voldran portar las braias ». Crescas nous donne le menu d’un banquet pantagruélique (vers 132-156) : on débute par un ragoût ou morteirol que l’on verse à plens peirols. Le bœuf et le mouton à la poivrade sont servis avec de la roquette et de la moutarde. On apporte après des chevreaux en gratonia (sauce ou purée), et des muges et des loups en gelée ou galantine. Vient ensuite un brouet de poules à la sauce cameline, sauce fameuse qu’on retrouve dans le viandier de Tallevent. Le rôti se compose d’oies farcies, perdrix, chapons gras, chevreuils, bœufs et cerfs sauvages, servis avec du persil et de la bourrache. Des faisans constituent un entremet substantiel. On mange ensuite des tartes et du ris au sumac ; mais ce dernier service était recommandé par les médecins pour faciliter la digestion et conforter l’estomac. Le dessert se compose de piments et gaufres au sucre ; comme fruits : poires et coings, ce qui nous indique que ce banquet eut lieu à l’entrée de l’hiver.
Nous ne possédons que les 448 premiers vers du roman de Crescas. Son récit est un peu différent de celui de la tradition biblique. Vasti est condamnée au feu pour avoir refusé de paraître nue devant toute la cour à la fin d’un banquet. L’histoire s’arrête au moment où Esther nondum carnaliter cognita a sa première entrevue avec le roi. L’habitude de jouer des farces théâtrales le jour de la fête d’Esther, était très ancienne. En effet, l’article 74 des statuts des juifs d’Avignon de 1558, dit : « Ne porra nul home ou fame de nostre comune jouer, ne faire jouer farces ny bals avecques instrumenz ny tambourin despuys le jour qu’est de caresme prenant, que ne soyent passés les troys jours de Pasques, s’il n’est qu’il en aye permission et licence de messieurs de la justice préalablement(5) ». Il s’agissait des Pâques chrétiennes, et, cette défense avait pour but de prohiber toute réjouissance pendant la sainte période quadragésimale, la fête d’Esther ou de Purim tombant souvent pendant le carême chrétien. » ◦◦◦ Jacob Lunel (Cp v.1672-d.entre 1757 et 1765 RCp 1754), rabbin, est l’auteur de "La Reine Esther", imprimée à Carpentras en 1774. Il subit une saisie de ses livres, en 1755, à Avignon et est contraint de se réfugier à Bordeaux avec son fils Mardochée (il avait plus de 80 ans). Son exil était dû à des ouvrages de critique de la religion catholique. Il revint en grâce, ayant composé un poème en faveur de la guérison de Louis XV après l'attentat de Damiens (1757). Il semble bien qu’il s’agisse d’un ancêtre d’Armand Lunel, professeur de philosophie et le dernier locuteur du shuadit, l’hebraïco-comtadin, auteur du livret de l’opéra comique sus évoqué dans lequel chante, entre autre, un personnage prénommé « Vaucluse ». Parmi les autres personnages, « Le cardinal-évèque » tenu par Paul-Henri Vergnes, le jour de la création, « Cacan » et le gardien du sérail, tenu par André Balbon, « Esther » tenu par Cyla. André de Richaud était proche de Darius Milhaud. Et ils ont collaboré à la suite de leur rencontre à Lourmarin, l’été 1929. Ce dernier a écrit la musique de scène de « Village » et du « Château des Papes », comédies de Richaud montées au théâtre de l’Atelier par Charles Dullin en 1931 et 1932. En 1933, il a composé « Adages » sur un poème de Richaud. |
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